DISCOURS INAUGURAL DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION SCIENTIFIQUE

Générations en mouvement :
engagement et transformation qualitative de la Côte d’Ivoire

Madame la Première Dame, Docteur Simone Ehivet Gbagbo,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les élu-e-s de la République,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Partis Politiques,
Mesdames et Messieurs les Représentants de la Plate-forme Synergie pour le Dialogue et la Réconciliation (SDR),
Mesdames et Messieurs les Représentants des Syndicats et des organisations de la Société Civile,

Mesdames et Messieurs les Responsables du MGC,

Chers Camarades de la Diaspora,
Éminents Guides religieux,
Honorables chefs traditionnels,
Mesdames et Messieurs, en vos rangs, grades et qualités,

Chers Camarades délégués ici présents, de même que partout ailleurs en Côte d’Ivoire et dans le monde,

Je voudrais, en ma qualité de Président de la Commission scientifique et au nom des membres de cette commission, vous saluer pour votre présence distinguée à l’ouverture de l’Assemblée Générale du MGC qui se réunit en session extraordinaire et surtout pour l’occasion que vous nous donnez de partager avec vous quelques pistes de réflexion relative au thème central de cette AGE.

Ce thème, vous le savez déjà, est libellé comme suit :

« Génération en mouvement : engagement et transformation qualitative de la Côte d’Ivoire ».
Mesdames et Messieurs, Chers Camarades délégués,

Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez-moi, d’adresser mes salutations et mes félicitations aux membres de la Commission scientifique pour le travail que nous accomplissons ensemble sous la direction du Comité d’organisation.

Ce thème choisi pour la circonstance est constitué de mots ou groupe de mots clés qu’il faut nécessairement clarifier pour sa bonne compréhension, car ces mots ou groupe de mots clés ont une charge historique, philosophique, idéologique et politique féconde de sens. Ces mots et groupe de mots sont :

i) « génération en mouvement »
ii) « engagement »
iii) « transformation qualitative ».

Mesdames et Messieurs,
Chers Camarades,

L’un des enjeux cruciaux de ce thème central consiste à recycler et à actualiser ces concepts puissants qui, naguère, ont alimenté de grands débats, voire des controverses retentissantes au sein des universités et des agora politiques.
Pour moi, il ne s’agira pas de chercher forcément à satisfaire cette attente intellectuelle légitime, surtout que ma communication est présentée comme étant un discours inaugural.

L’essentiel ce matin, est de réussir, de manière pragmatique, à simplifier ces mots ou groupe de mots à forte charge idéologique, pour en faire des outils conceptuels opératoires, au service d’une remobilisation générale des forces vives de notre Nation en devenir.

Par conséquent, après avoir clarifié les concepts clés dans un premier temps, j’expliquerai, dans un deuxième temps, pourquoi et comment les générations se mettent en mouvement. Enfin, dans un troisième temps, j’exposerai les défis à relever pour réussir le changement qualitatif de la Côte d’Ivoire qui motive la dynamique de mobilisation du MGC, en cours dans le pays.

PREMIÈRE PARTIE
DÉFINITION DES MOTS ET GROUPE DE MOTS CLÉS

Que signifie « génération » et « génération en mouvement », « engagement » et « transformation qualitative » ?

I- « Génération » et « Génération en mouvement »

Chers Camarades membres de la Commission scientifique, en choisissant le thème central, nous avions insisté pour que le mot « Générations » soit écrit au pluriel.

Mais en travaillant sur ma communication, au moment de définir les mots et groupes de mots clés qui structurent ce thème, j’ai été obligé de l’écrire au singulier parce que la définition opératoire que j’ai voulue lui donner me l’a imposée.

Toutefois, vous verrez qu’au singulier, du point de vue de l’orientation qui lui est contextuellement donné, il est plus riche.

Le mot « génération » doit être compris au sens le plus large possible. Il est le produit de plusieurs entités générationnelles. De ce point de vue, le mot génération renvoie à un ensemble, mieux, à une famille des générations. Il est englobant et intègre diverses entités. Une génération est donc un ensemble de femmes et d’hommes, jeunes, adultes, séniors, ayant ou non la même filiation, appartenant à des tranches et classes d’âge identiques et ou différentes, regroupés ou non en communauté politique, culturelle, économique, sociale et religieuse. Le plus important est que cet ensemble composite soit constitué de personnes rassemblées par une volonté commune de construire une force de rupture d’avec la société de violence et de misère dans laquelle nous vivons actuellement. Cela signifie que ces jeunes, adultes et séniors sont d’accord pour se serrer les coudes, s’unir comme un seul homme et pour relever collectivement tous les défis afin de bâtir un autre monde, un monde d’humains, plus humain. Cet ensemble que j’appelle ainsi génération est en mouvement lorsque ses composantes se mettent en action, interagissent pour créer en définitive une dynamique de mobilisation qui rend possible la transformation qualitative de la Côte d’Ivoire tant souhaitée.

II- « Engagement et transformation qualitative »

L’engagement est la ferme décision que l’on prend d’agir ou de ne pas agir dans un sens comme dans l’autre, pour ou contre une cause. Cette décision est de nature à imposer à celui qui la prend, une contrainte morale vis-à-vis de sa conscience et vis-à-vis de celles ou de ceux avec qui ou au bénéfice que qui, l’on s’engage. Quant à la transformation qualitative, elle s’appréhende comme étant un changement positif, c’est-à-dire, visible, palpable, de grande valeur. Un changement dont le résultat est l’établissement d’un ordre nouveau, né de la rupture avec un ordre ancien. Par exemple, au MGC, nous travaillons à obtenir une transformation qualitative des personnes et de la société. C’est dire que le citoyen ivoirien nouveau que nous appelons de tous nos veux doit être le résultat de cette transformation par laquelle il se débarrasse des mauvaises habitudes, des mauvais comportements.

Il s’agit d’une nouvelle naissance qui ne peut se faire que par des efforts importants, quelquefois même par des déchirements intérieurs, par des tensions, par des conflits ouverts ou intérieurs. La transformation qualitative signifie que l’on quitte un état initial A pour arriver à un autre état B ; que l’on abandonne une société A pour une société B.
Sommes toute, le MGC est une Famille politique qui rassemble plusieurs entités générationnelles fortes et soudées, engagées à œuvrer ensemble pour réaliser le changement qualitatif dont la finalité est l’avènement d’une société ivoirienne nouvelle.

DEUXIÈME PARTIE
FONDEMENTS MAJEURS DE LA TRANSFORMATION QUALITATIVE DE LA CÔTE D’IVOIRE.

L’impérieuse nécessité de transformer qualitativement la Côte d’Ivoire se justifie par deux raisons majeures. La première, exogène à notre pays, concerne les crises multiformes du développement. La deuxième raison qui, elle, est endogène à la Côte d’Ivoire, porte sur l’économisme et la crise endémique en Côte d’Ivoire.

I- LES CRISES MULTIFORMES DU DÉVELOPPEMENT

Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, les crises multiformes du développement s’expliquent essentiellement par deux catégories de facteurs. Il s’agit d’une part, de la pression conjuguée de l’occidentalisation et de la mondialisation et d’autre part, de leurs impacts sur la Côte d’Ivoire.

I-1- Pression conjuguée de l’occidentalisation et de la globalisation

Le concept de développement devrait avoir une dimension universelle dans la mesure où tous aspirent au développement, synonyme de bonheur. Cependant, ce concept est devenu un mot-valise qui traduit sans discernement les fruits du progrès techno-économique. En Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire, le développement se définit depuis les années 1960 par une occidentalisation généralisée et aujourd’hui par la globalisation des modes de penser et de vie. En le rattachant à ces deux phénomènes, l’on perçoit clairement que ce concept n’est pas sans poser quelques problèmes de fond.

D’abord, il a permis de répandre partout la prospérité matérielle, le confort selon le modèle de vie occidentale. Or, la forme occidentale du développement s’actualise dans le contexte de la globalisation néolibérale. Cette forme de globalisation qu’il ne faut pas confondre avec la mondialisation est entendue comme la totalité des activités à l’intérieur du système néo-libéral. Elle est caractérisée par l’économie de marché. Ce développement qui s’assimile en réalité au sous-développement se traduit concrètement par les privatisations des services publics de base et des entreprises d’État, la prééminence des activités privées, des investissements spéculatifs internationaux. Cette approche du développement s’inscrit dans le champ global de ce que François Rastier appelle « l’idéologie managériale » :

« [L’idéologie managériale est] une conception générale de l’univers social, aux objectifs exclusivement économiques, basés sur le profit maximal à court terme, et dont les méthodes administratives, calquées sur celles des grandes entreprises, sont employées à la manière coercitive de ce que l’on appelle le soft power » .
Le développement qui rime ainsi avec une occidentalisation et une globalisation systémiques des comportements, conduit à une « industrialisation du social », c’est-à-dire au résultat « d’une gouvernance administrative de la société sur le modèle de l’industrie » . Il n’a alors qu’un seul centre nerveux : l’économie, l’augmentation de la productivité, le profit maximal. Sous cet angle, le développement est intimement lié à la croissance qui, dialectiquement lui sert de moteur. De ce point de vue, ce modèle univoque de développement est porteur des maux engendrés par la dictature de l’ultralibéralisme planétaire dont les maux sont :

  • la surconsommation et la recherche de besoins sans cesse renouvelés ;
  • la destruction des solidarités traditionnelles ;
  • l’individualisme et les discriminations sociales avec une minorité de plus en plus riche face à une majorité de plus en plus pauvre ;
  • la corruption au sein de l’administration étatique et des sociétés privées ;
  • le risque d’insécurité permanente dans une société de plus en plus violente ;
  • l’accroissement des cercles mafieux et de la criminalité transfrontalière ;
  • la misère galopante à l’échelle mondiale.
    Mesdames et Messieurs,

Chers Camarades délégués,
Ce type de développement que l’on continue de prôner dans de nombreux pays et en Côte d’Ivoire, n’est pas éthique et viable.

Par ailleurs, la « conception techno-économique » du développement (indice de croissance, de revenus, de prospérité, statistiques, PIB, PNB, etc.) lui fait perdre l’essentiel : l’Humain. Ainsi, des activités aussi importantes telles que l’entretien au quotidien du cadre familial, l’éducation des enfants, le soutien par solidarité aux personnes âgées, les productions domestiques et de subsistance, l’entretien des espaces communautaires, l’assistance quotidienne à autrui, des valeurs non marchandes et non calculables (telles que donner de la joie, de l’amour, de la confiance, du rire, du partage, de la considération et de la dignité, etc.) ne sont nullement prises en compte. Qu’adviendrait-il du développement humain, de la vie humaine tout court sans ces services non monayables et gratifiants ?

Enfin, le réveil écologique de ces dernières années au plus haut niveau des États montre bien que le développement actuel est un danger pour l’existence humaine tant il compromet la stabilité de la nature et donc la survie de l’Homme. L’industrie pollue depuis des siècles la planète. L’exploitation à grande échelle du pétrole et du charbon endommage de plus en plus la biosphère.

Il s’ensuit que le versant occidental du développement qui sert de patron à la plupart des pays du monde procure un bonheur limité, éphémère. Son côté positif (consommation de produits modernes qui améliore les conditions de vie, démocratie, liberté, émergence d’une classe moyenne etc.) ne doit pas cacher les dangers certains qu’il fait courir à l’espèce humaine.
Il est impérieux de porter sur ce modèle occidental du développement un regard critique pour proposer d’autres formes de développement adaptées à chaque pays. Il faut affirmer le postulat de la rupture avec « le modèle occidental comme archétype universel pour la planète ». À partir du moment où il est clairement constaté que le capitalisme financier est déconnecté de l’économie réelle et ne sert que les intérêts exclusifs des spéculateurs, les mécanismes du développement occidental et mondialisé paraissent désuets.

I-2- Économisme et crise endémique en Côte d’Ivoire

En 1960, au moment où la Côte d’Ivoire accède à l’indépendance politique ― une espèce d’arrangement excluant la moindre forme de souveraineté au pays ― le développement qui s’assimile à l’économisme selon le modèle occidental est la référence absolue. Les besoins en infrastructures routières et industrielles, le productivisme sont les maîtres-mots d’une prospérité nécessaire, apparue comme l’objectif et la finalité des dirigeants de ce jeune pays de l’Afrique de l’Ouest francophone qui se voulait fils aîné de la France dans cette partie du monde. Vingt années plus tard, cette vision étriquée du développement a montré ses limites. Suite à des bouleversements de l’ordre économico-financier au plan mondial, la Côte d’Ivoire va connaître une crise sans précédent. Les causes de cette crise essentiellement économique au départ sont multiples et connexes.

Elle relève à la fois des effets du double choc pétrolier de 1975 et de 1978, de l’instabilité du système monétaire international, de la saturation des marchés dont l’un des corollaires est la détérioration des termes de l’échange des matières premières, notamment du binôme café-cacao. Les conséquences sont aussi graves que nombreuses : le ralentissement drastique de la croissance économique, le déficit des finances publiques, l’endettement excessif du pays. Par ailleurs, la période de grande sécheresse survenue entre 1982 et 1983 a entraîné une baisse considérable de la production des matières premières et de l’énergie électrique.

Les mesures d’ajustement structurel mises en application sous la pression du Fonds Monétaire International (F.M.I.) n’ont pas permis de juguler la dette publique et les crises économique et financière. Elles ont plutôt contribué à aggraver ces crises multiformes qui, comme une série de cancers déchaînés dans le corps de la Côte d’Ivoire, se sont métastasés pour engendrer des conflits socio-militaro-politiques durant les années 1990. L’alternance démocratique de 2000, le gouvernement d’ouverture et le Forum pour la Réconciliation Nationale qui en ont découlé n’ont pas empêché la survenue de la rébellion de septembre 2002. Cette rébellion a été l’expression phénoménologique de l’extrême gravité de la crise et de ses termes antagoniques. Elle a été une guerre hors-normes aux conséquences inouïes connues de tous. Aujourd’hui, malgré l’accalmie précaire qui règne, les préjudices et les traumatismes sont énormes. Les victimes connues ou non sont très nombreuses. Elles sont de tous les camps et de toutes les conditions. La Côte d’Ivoire reste profondément divisée et la fracture socio-politique correspond à la cartographie des résultats de l’élection présidentielle de 2010. Il s’ensuit que ces graves conséquences politiques, économiques et sociales hypothèquent tous les efforts de restauration et de reconstruction. Et le seul versant ultra-économique du développement que l’on brandit à coup de communication n’arrive pas à cacher la réalité de la crise. Elle est endémique et multidimensionnelle et a plusieurs visages que sont :

  • pauvreté et chômage ;
  • crise de l’éducation, analphabétisme et ignorance ;
  • crise de la propriété foncière et du développement rural ;
  • crise de l’immigration, crise de la citoyenneté et de l’identité nationale ;
  • crise de la démocratie ;
  • crise de la souveraineté nationale.
    En somme, une crise généralisée du développement. Mesdames et Messieurs,
    Chers Camarades,

Face à cette situation difficile du pays, le MGC se propose de créer une synergie intergénérationnelle pour transformer qualitativement la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire, pour sauver ce pays des crises multiformes qui le ronge et qui menacent sérieusement son devenir.
Quels sont les défis majeurs à relever pour y parvenir ?

TROISIÈME PARTIE
DÉFIS MAJEURS DE LA TRANSFORMATION QUALITATIVE
DE LA CÔTE D’IVOIRE.

Le MGC arrivera à ses fins s’il parvient à relever plusieurs défis majeurs dont deux seront développés : réévaluer les concepts piégés de sous-développement et de pauvreté et agir pour un développement global et harmonieux de la Côte d’Ivoire.

I- Réévaluer les concepts piégés de sous-développement et de pauvreté

Nous avons fini par accepter l’idée que la Côte d’Ivoire est un pays sous-développé et pauvre. Sommes-nous posés sérieusement la question de savoir quelles sont les officines qui produisent tous ces mots-certifiés qui nous définissent en tant que pays ? Qui a déterminé les critères de développement, de sous-développement et de pauvreté ? Est-ce la classe intellectuelle africaine ? Est-ce la classe politique ivoirienne ? Qui établit sous-développé et de pauvre ?
Et pourtant, nous répétons partout que nos pays sont sous-développés et pauvre.
Chers Camarades, regardez bien la Côte d’Ivoire. Est-elle pauvre ?

Je réponds NON.

Est-elle condamnée à subir les crises que j’ai évoquées ?

Je réponds encore NON.

La Côte d’Ivoire est un pays très riche dont les ressortissants sont majoritairement pauvres. Cette pauvreté réside d’abord et avant tout dans l’obscurantisme. Faute de connaître leur pays, faute d’apprendre à connaître ses richesses qui foisonnent, les Ivoiriens se sont convaincus d’être pauvres.

Pour réussir la transformation qualitative de ce pays, il faudra apprendre à le découvrir dans tous ses produits sur et sous terre, sur et sous mer, etc.

Il faudra pour cela, beaucoup, encore et toujours de la formation.

II- Agir pour un développement global et harmonieux

Le deuxième défi revient à sortir le pays des schémas sclérosés du développement ultralibéral prôné actuellement par le régime RHDP au pouvoir. Ce développement qui se résume aux grandes infrastructures (bitumes, ponts, échangeurs, stades, gratte-ciel, lumières, etc.) est certes utile, mais il ne suffit pas à apporter aux Ivoiriens, le bonheur qu’ils sont en droit d’attendre.

Il est donc urgent de proposer une autre alternative, celle d’un modèle de développement global et harmonieux, endogène au pays. Ce modèle de développement global et harmonieux de la Côte d’Ivoire est fondamentalement centré sur l’Humain. Il se pense de l’intérieur et contre les dérives de la globalisation ultralibérale dont les pesanteurs économiques et financières entrainent inéluctablement la déchéance des valeurs sociétales. Il s’agit d’un développement qui concilie le progrès économique, la justice sociale et la préservation de l’environnement.
Ce modèle de développement global et harmonieux nécessite :

  • de reformer en profondeur les secteurs de la Santé, de l’« Éducation-Formation » et de la recherche ;
  • d’assurer l’autonomie et la qualité alimentaires, l’hygiène écologique, la reconquête d’une agriculture vivrière saine ;
  • de renouveler l’alimentation de proximité, les artisanats et les commerces de proximité, le marché périurbain ;
  • de reformer le secteur des transports et du tourisme ;
  • de développer l’industrie artistique et touristique ivoirienne, etc.

Cela devrait permettre de créer des activités génératrices de revenus dans des zones non urbaines à partir des ressources qui leur sont propres. D’une part, la revitalisation des villages et des villes de l’intérieur du pays va de pair avec l’implémentation d’une culture de la citoyenneté nécessaire à la démocratie participative locale et régionale. D’autre part, elle suppose la mise en place de coopératives et d’associations où règnent la convivialité et la solidarité entre les générations. Il convient de les renforcer là où elles existent déjà et d’en créer là où elles n’existent pas encore.

Dans les villes, il faudra mettre l’accent sur les activités du secteur dit informel. D’ailleurs, ce vocable « informel » est impropre puisque ce secteur représente l’économie réelle du pays. Il convient simplement de recenser ces entreprises embryonnaires, de mettre en confiance les personnes qui les animent, de les organiser en finançant quelques-unes à travers des projets pilotes. Un suivi soutenu permettra de faire grandir ces entreprises pour qu’elles deviennent progressivement des lieux d’apprentissage des jeunes diplômés sortant des centres et instituts de formation et, à la longue, des cadres d’insertion de ces jeunes dans la vie active.

Au total, plusieurs défis sont à relever pour transformer qualitativement la Côte d’Ivoire. Nous n’avons mis en relief que deux d’entre eux qui nous paraissent essentiels. Il s’agit de passer au peigne fin l’appareil terminologie qui nous vient des penseurs occidentaux pour ne retenir que les mots qui participent de notre émancipation mentale, culturelle, sociale, politique et économique. Il nous appartient d’inventer nos propres concepts et de les rendre opératoires.
Aussi, est-il nécessaire de proposer une alternative au développement de type ultralibéral qui corrompt la dignité humaine en agissant pour un développement intégré, global et harmonieux de la Côte d’Ivoire.

En définitive, la Côte d’Ivoire transformée qualitativement s’appréhende par l’urgence d’une édification de la NATION ivoirienne, produit d’un brassage des spécificités culturelles des populations du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest et du Centre de la Côte d’Ivoire. Elle est donc riche de cette diversité féconde qui la singularise. Cette Côte d’Ivoire nouvelle aspire à l’idéal démocratique. Elle sera le produit d’un système d’activités multisectorielles centrées exclusivement sur l’HUMAIN. Elle doit être un chef-d’œuvre collectif pour le Bien-Être de tous.

Abidjan le 19 août 2022.

AProfesseur TRAORÉ Dominique
Président de la Commission Scientifique

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